jeudi 23 février 2012

...so what?...

Un vieux Magicien édenté et en proie à l’hébétement suite à cette vision persistante où il se voit dans le jardin du Horla de Maupassant, conversant au moyen d’un lexique improbable mais néanmoins prolixe sur la perceptibilité visuelle avec un Aldous Huxley sous mescaline... Les fleurs se modifient mais la vision fragmentée et micromoléculaire qui traverse le nerf-optique du magicien l’incommode... le bruit de la ville... sa représentation stroboscopique du monde glisse en lui tel les devenir-multiple qui parsèment les livres deleuzien...

Dans cette nébulosité circonstancielle, le magicien ayant complètement oublié son double en carton assurant momentanément une performance en cours dans l’espace-temps où son corps a stagné ; un théâtre en bois... ah oui, son chapeau... comment un maître de l’illusion comme lui a-t-il pu se laisser berner par un moment de latence mentale pareille... il insère sa main au fond du couvre-chef retourné... il saisit le lapin, sent sa fourrure.... CLICK... Soudainement l’appareil photographique compliqué, cet Hasselblad miniaturisé à l’extrême par les chantres du post-marketing et invisible à un œil sensé, a transformé la réalité tri-dimensionnellement palpable en une photo noir-blanc d’un lapin grimaçant éblouis par un flash, un lapin se faisant saisir par la main d’un magicien édenté criant Papa-maman... grâce à ce vieil effet de surimpression à la Man Ray, on voit tant la main, que les dents qui n’existent pas, et le lapin aussi...

dimanche 19 février 2012

"Ballad of a thin man"


Divagation sur
Ballad of a thin man 
Bob Dylan – Highway ’61 Revisited, 1965

Un homme, filiforme, peu systématique dans ses déplacements, le regard triste…un homme erre dans les rues, les rues de sa ville…Il ne les connaît pas…les rues paraissent vides- pas vraiment- mais c’est le propos d’une autre chanson. Il ne perçoit plus les chose du monde comme à l’accoutumé. L’air est lourd. L’atmosphère de la ville est chargée de plomb. Il continue d’avancer dans l’épaisseur glacée de sa nuit. La tranquillité de l’apparence qu’il croit effleurer l’angoisse…L’angoisse s’éveille…

“But something is happening here
But you don’t know what it is
Do you, Mister Jones? ”

Qui cet homme ? Ce Monsieur Jones à l’ambiguïté identitaire. Existe-il ? On alors est-ce un terme générique ?  Il avance, l’air – ou alors est-ce un son – se tend…devant son innocence, il y a un corps nu, il ne comprend pas. Il se rassure, ce n’est qu’un cauchemar, l’inconscient veut le pousser dans le « jardin des délices »…il y résiste…sa raison, son éducation, sa religion…voilà les barrières, les garde-fous, les fondations d’une vie prédéterminée. Il y a devant ses yeux : un corps nu, des gens bizarres…que font-ils ? Les pensées s’entortillent sur elles-mêmes, s’entrechoquent avec les sensations. Il n’arrive pas à superposer l’image de son souvenir avec la réalité de son image : les rues, l’entrée de la maison et cette pièce…ce sont les mêmes que toujours, mais différentes…Pourquoi a-t-il toujours voulu voire ordre, stabilité et propreté là où seule la dégénérescence régnait ?

“”It’s his”
And somebody else says, “Where what is ? “
And you say “Oh my God, am I here all alone?””

Quand le réel se déforme, le petit homme perd ses repères. Il tenait pour vrai, habituel et tangible l’organisation de cet espace. Désormais, tout lui est devenu étranger. Il se sent comme Ad dans Soft Goulag, mais il est juste un personnage dans une chanson de Bob Dylan…

“How does it feel to be such a freak ?”

Altérité…Découverte d’un monde jusque-là imperceptible, non existant tellement il renferme de perversion. Il ne sent plus le sol sous ses pieds et ses pensées sont vides. Peut-être est-ce sa tête évidée de son contenu éthéré ? Il se faisait l’idée d’un monde stable, d’individus disciplinés, un monde d’ordre et de sécurité. Pourquoi tant de vices ? Des corps nus …ces une déviance irrespectueuse ! Lui qui a travaillé dur, qui s’est tuer à la besogne afin d’éviter le piège létal de l’oisiveté. Maintenant, il vogue à tâtons dans cet univers peuplé de créatures étranges, bien qu’anthropomorphes. Une anthropomorphie d’un autre genre…contre-nature, trop peu conforme au monde qui lui est commun.

“You’ve been with the professors
And they’ve all liked you looks”

Oui son look, son genre, ses manières, ses habits, oui tout cela correspond à son univers ; avocats et personnage de Fitzgerald. La propreté de son logis, la précision de ces habitudes…Toute cette stabilité calculée, cette vie arrangée explose dans son errance nocturne, explose au cours de cette ballade d’un homme tranquille…

“But something is happening here
And you don’t know what it is
Do you Mister Jones?”

Cette suite de pas sans fin et sans but lui donnait la sensation d’être enfermé dans un blues endiablé. Un univers de tristesse et de désolation…Lourdingue ! Une rythmique lente, insoutenable mais dévastatrice.

mercredi 15 février 2012

Les mots; le corps... ce vide qui les séparent...

“Some of you was naked, but most of you were light”
Leonard Cohen – Waiting for the miracle

 (photo; Kit Brown, 2009)
  
Entre le corps et les mots flotte le néant… entre l’être et sa représentation s’immisce la réalité… entre le charnel et la grammaire, l’interstice se palpe… Et pourtant, dans le cas de cette photographie, c’est l’ombre des mots qui se reflètent sur le corps en y laissant des traces imperceptibles. Une fois confronté à la chair, les mots disparaissent, deviennent muets… Sur cette photo, comme la plupart du temps sur les œuvres de Kit Brown, le corps n’a pas de visage pour s’exprimer… On ne voit que les signes qui peuvent le représenter. Ainsi ; un corps photographié ou décrit par des mots par exemple ne peut s’exprimer par lui-même, mais qu’à travers la forme que ces doubles appareils à figer que sont le langage et la photographie, lui ont donné. Mimétisme du langage écrit et du réel photographié, dans le procédé de cristallisation, bien qu’effectué à une vitesse différente… 
L’image a ses propriétés personnelles que le langage ne saurait atteindre… la vitesse du temps photographique par exemple et l’extrême lenteur de constitution du langage. La surprise technique du développement du négatif, la captation chimique… la part de mystère de l’appareil photo… les mots sont figés dans leur façon d’être, alors que la photographie fige ce qui est !

dimanche 12 février 2012

exposition au Zélig... Lausanne

A kaleidoscope of nothingness…

 (photo : Kit Brown, 2011)
KIT BROWN                  DEJAN
             
Installation
du 20 février au 20 mars 2012

Vernissage
Mardi 21 février 2012 (18h-20h)

Lo-fi spoken music par CLINICAL PATH
Mardi 20 mars 2012 (20h-00h)

Espace de rencontre ZELIG
Université de LAUSANNE


www.zelig.ch 
 
Comment ce projet a débuté au fait ? Dans la procession du temps, la photo est une plage figée du silence… Du sentiment humain qui l’active, l’œil mécanique s’insère de façon hasardeuse au seuil de l’auto combustion des instants… Comme si les photographies elles-mêmes devenaient des métaphores de la photographie en tant que telle, et ainsi de la réalité… La fixité du monde par rapport au mouvement de la vie, l’assise structurelle du réel et l’intangibilité des sensations… schisme duel et infernal, dénominateur commun de l’aventure humaine !

dimanche 5 février 2012

La pop; ça sert à rien...

Avec violence et démesure, j’arrache l’antenne et brise mon radio-réveil, chaque matin c’est la même soupe, les même sonorités douteuses s’incrustent dans ma tronche pour la journée s’installant… j’en ai marre de la radio, de cette merde insipide qui en sort constamment… j’en ai marre que la pop soit si nulle, on nous prend pour qui bordel ?

Normalement, chaque décennie voit au moins uns ou deux groupes mainstream sortir de la masse gluante, des chansons et des albums qui traversent les années, qui résistent à l’afflux constant de nouveautés si vite périmées. Les Floyd, Bowie, Lou Reed, Nirvana, Depeche Mode, Joy Division, The Roots, n’importe quel groupe des 60’s…

Depuis le début du XXIème, c’est le néant… le monde change ; les groupes intéressants pullulent mais ils sont inconnus… avez-vous déjà entendu parler des Wellington Irish Black Warrior ?

Quelques vieux groupes subsistent… sauvant encore et toujours nos tympans : le dernier Tom Waits est un très bon crût, Portishead, Radiohead ou Massive Attack viennent cycliquement nous émerveiller, Bjork sort un album très inventif…

Mais la plupart des vieux sont cramés du cerveau (le même Lou Reed, Iggy…), Sonic Youth est mort et les âmes de Satan et de Kurt Cobain n’ont pas encore trouvés le bon corps pour se réincarner… on vit dans un monde bizarre…

Le XXIème ; c’est le néant !